Incendies en Gironde et dans le Var : comment être indemnisé ?
Propriétaires, bailleurs, vacanciers : ce que prévoient réellement vos contrats face aux feux de forêt de l’été 2026.
Structure Avocats · Juillet 2026 · Lecture : 7 min
Les incendies qui frappent le Sud-Ouest et le Var depuis la fin du mois de juillet 2026 ont provoqué l’évacuation de dizaines de milliers de personnes, dont de nombreux vacanciers, et détruit ou endommagé plusieurs dizaines d’habitations, notamment sur la presqu’île du Cap Ferret. Au-delà de l’urgence, une question s’impose rapidement aux sinistrés : sur quel fondement et selon quelles modalités obtenir une indemnisation ? La réponse dépend essentiellement de votre situation (propriétaire, locataire ou vacancier) et, surtout, du contenu précis de votre contrat.
01 · Un principe souvent méconnu : les feux de forêt sont exclus du régime « catastrophe naturelle »
Contrairement à une idée répandue, un feu de forêt, aussi intense soit-il, ne relève pas du régime légal des catastrophes naturelles (dit « Cat-Nat »), et ce même lorsqu’il trouve son origine dans un phénomène naturel comme la sécheresse, la canicule ou la foudre. Les feux de forêt et de végétation sont en effet considérés comme des risques assurables : c’est donc la garantie incendie de votre contrat multirisque habitation (MRH), encadrée par l’article L. 122-1 du Code des assurances, qui a vocation à s’appliquer.
Cette distinction n’est pas anodine. Le régime Cat-Nat offre à tous les assurés des règles d’indemnisation uniformes, fixées par la loi (garanties, délais, franchise légale). En matière d’incendie, à l’inverse, tout dépend des stipulations contractuelles : montant des garanties, plafonds, franchises, prise en charge du relogement, couverture des dépendances et des aménagements extérieurs. D’où l’importance capitale de relire son contrat, idéalement avant le sinistre.
02 · Ce que couvre la garantie incendie de base
Incluse dans la quasi-totalité des contrats multirisques habitation, la garantie incendie prend en charge les dommages directement causés par le feu au logement lui-même (murs, toiture, sols, installations fixes), mais également les dégâts liés aux fumées ou à une explosion, ainsi que les dommages occasionnés par l’intervention des pompiers. Selon les contrats, certains frais annexes peuvent s’y ajouter : déblaiement, nettoyage, relogement temporaire.
Attention toutefois : le jardin, les clôtures, la piscine ou les dépendances (garage, abri de jardin, atelier) font le plus souvent l’objet d’options qui ne sont pas systématiquement souscrites. Les propriétaires le découvrent fréquemment après coup, au moment où il est trop tard. De même, certaines exclusions classiques doivent être gardées à l’esprit : incendie volontairement provoqué par l’assuré, défaut d’entretien manifeste ou négligence grave.
03 · La déclaration de sinistre : à faire dans le délai de cinq jours ouvrés
Un incendie constitue un sinistre au sens du droit des assurances. L’assuré dispose d’un délai de cinq jours ouvrés à compter de sa survenance pour le déclarer à son assureur, étant précisé que le délai contractuel ne peut être inférieur à ce plancher légal. Une déclaration incomplète ne pose pas de difficulté : l’essentiel est d’ouvrir le dossier de sinistre dans le délai. À noter que face à l’ampleur des évacuations actuelles, certains assureurs ont annoncé des allongements exceptionnels des délais de déclaration.
04 · Les bons réflexes avant le passage de l’expert
La règle d’or est de préserver la preuve. Il est fortement recommandé de ne pas déblayer les lieux avant l’expertise diligentée par l’assureur, afin que l’expert puisse constater l’étendue réelle des dommages. Cette précaution doit néanmoins être conciliée avec l’obligation de l’assuré de limiter l’aggravation du dommage : il n’est pas interdit de déplacer ou nettoyer certains biens lorsque des mesures conservatoires s’imposent. Dans tous les cas, le réflexe le plus protecteur consiste à documenter abondamment l’état des lieux : photographies, vidéos, conservation des factures et justificatifs.
Les sinistrés confrontés à des besoins immédiats peuvent par ailleurs solliciter un acompte sur indemnité auprès de leur assureur, sans attendre le règlement définitif du dossier.
05 · Le montant de l’indemnisation : les pièges à connaître
Plusieurs écueils récurrents affectent le montant de l’indemnité versée.
Le premier tient au mode d’évaluation retenu par le contrat : indemnisation en « valeur à neuf » ou après déduction de la vétusté du bâtiment. Dans le second cas, l’âge et l’état du logement viennent minorer l’indemnité, parfois substantiellement, au point de rendre impossible une reconstruction à l’identique. Les assureurs le rappellent d’ailleurs : ce qui compte pour eux est la valeur de reconstruction du logement, et non sa valeur d’achat, largement tributaire de la localisation.
Le deuxième écueil est la sous-évaluation, tant du logement que du capital mobilier. Les plafonds de garantie du mobilier sont fréquemment inférieurs à la valeur réelle des biens, faute d’actualisation au fil des acquisitions. Il est donc conseillé de réévaluer régulièrement ces montants et de conserver les factures, idéalement numérisées et sauvegardées en ligne, pour faciliter la preuve de la valeur des biens.
Enfin, si l’indemnisation proposée paraît insuffisante, l’assuré peut recourir à un expert d’assuré (contre-expertise dont le coût est parfois pris en charge par le contrat lui-même), voire contester la position de l’assureur sur le terrain contractuel.
06 · Le débroussaillement : une obligation légale aux conséquences financières lourdes
Les propriétaires dont le bien est situé à moins de 200 mètres d’un massif forestier sont soumis à une obligation légale de débroussaillement sur un rayon de 50 mètres autour de l’habitation. Le non-respect de cette obligation a des conséquences directes sur l’indemnisation : l’assureur peut appliquer, en sus de la franchise contractuelle, une franchise supplémentaire pouvant atteindre 5 000 euros. Plus largement, lorsque les mesures de prévention imposées par la commune n’ont pas été mises en œuvre, l’indemnité peut être réduite à proportion de la prime qui aurait dû être acquittée.
Rappelons également que depuis le 1er janvier 2025, le vendeur ou le bailleur d’un bien situé en zone soumise à obligation légale de débroussaillement doit informer les acquéreurs et locataires du risque de feu de forêt dès l’annonce, via l’état des risques.
07 · Vacanciers : des situations très contrastées
Pour les vacanciers présents en Gironde ou dans le Var, tout dépend de la situation concrète.
L’hébergement ferme ou est évacué sur décision administrative
La situation est alors la plus claire : lorsque le camping, l’hôtel ou la location ferme à la suite de dégâts ou d’une décision préfectorale, le contrat est privé d’objet et le client a droit au remboursement des sommes versées. Si le séjour avait déjà commencé, le remboursement s’effectue au prorata des nuits non consommées. Les professionnels de l’hébergement sont assurés contre ce type de sinistre, ce qui permet en principe une prise en charge rapide.
Le séjour à forfait
Pour les séjours combinant au moins deux prestations (hébergement et transport notamment) achetés auprès d’un même organisateur, le Code du tourisme permet l’annulation sans frais et le remboursement intégral lorsque des circonstances exceptionnelles et inévitables sur le lieu de destination compromettent l’exécution du contrat. En pratique, cela couvre des incendies de cette ampleur, à condition que la zone soit directement touchée. L’organisateur doit en outre organiser le rapatriement des voyageurs déjà sur place si nécessaire.
L’annulation « par précaution »
C’est la zone grise dans laquelle se trouvent la majorité des vacanciers : le lieu de séjour n’est ni fermé ni évacué, mais se situe à proximité des zones sinistrées. En l’absence d’ordre d’évacuation ou de fermeture administrative, aucun texte ne consacre un « principe de précaution » ouvrant droit à remboursement. Le professionnel n’est pas tenu de rembourser un client qui annule de sa propre initiative ; il peut tout au plus consentir un geste commercial. Les conditions d’annulation du contrat, ou une éventuelle assurance annulation, reprennent alors leur empire. Une nuance mérite toutefois d’être signalée : si les routes deviennent impraticables ou si la zone a perdu tout intérêt touristique (fumées, nuisances persistantes), une annulation à titre exceptionnel peut être défendue.
Le transport acheté séparément
Lorsque billets de train ou d’avion ont été réservés indépendamment de l’hébergement, chaque professionnel n’est responsable que de sa propre prestation. Tant que les vols ou les trains circulent, le transporteur n’est tenu à aucun remboursement, même si le séjour n’est plus réalisable. Des mesures commerciales exceptionnelles peuvent néanmoins être mises en place, comme l’échange ou l’annulation sans frais des billets pendant la période critique.
Les biens personnels endommagés
Les effets personnels détruits ou endommagés pendant les vacances relèvent, là encore, de la multirisque habitation du vacancier, au titre de la garantie incendie ou de la garantie villégiature, sous réserve que les biens, notamment les objets de valeur, soient bien couverts par le contrat. Certaines cartes bancaires haut de gamme offrent par ailleurs des garanties complémentaires d’annulation ou d’interruption de séjour, dont les conditions varient selon les établissements.
08 · Propriétaires-bailleurs de locations saisonnières : anticiper le scénario de l’évacuation préventive
Le cas le plus délicat, révélé par les événements actuels, est celui de la maison intacte mais inaccessible en raison d’un arrêté préfectoral d’évacuation ou d’interdiction d’accès. De nombreux contrats n’indemnisent que les dommages matériels directs : sans mur endommagé, la garantie dommages ne se déclenche pas, et ni les loyers perdus ni les nuits annulées ne sont nécessairement couverts.
Pour les bailleurs de meublés de tourisme, il est donc essentiel de vérifier la présence de garanties « pertes de loyers » ou « défaut de jouissance », la prise en charge d’éventuels frais de relogement des vacanciers, et toute stipulation relative à l’« impossibilité d’accès » ou à la « décision administrative ». La démarche la plus sûre consiste à interroger par écrit son assureur sur le sort du contrat en cas d’évacuation préventive sans dommage : sa réponse écrite constituera un élément précieux en cas de litige. En toute hypothèse, la conservation de l’arrêté préfectoral, des échanges de courriels, des photographies et des factures de relogement ou de transport est indispensable pour étayer toute demande d’indemnisation.
Ce qu’il faut retenir
- Les feux de forêt sont exclus du régime « catastrophe naturelle » : c’est la garantie incendie de la multirisque habitation qui s’applique.
- Le sinistre doit être déclaré à l’assureur dans les cinq jours ouvrés, même de façon incomplète.
- Ne rien déblayer avant l’expertise et documenter les dommages (photos, vidéos, factures).
- Vérifier les plafonds, la vétusté, les franchises et les options (jardin, piscine, dépendances, relogement).
- Le défaut de débroussaillement peut coûter jusqu’à 5 000 euros de franchise supplémentaire.
- Pour les vacanciers et les bailleurs, la ligne de partage essentielle est l’existence ou non d’une décision administrative de fermeture ou d’évacuation.
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