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Facturation électronique : quelles obligations pour les SCI et les loueurs en meublé dès le 1er septembre 2026 ?

Si vous détenez une société civile immobilière ou louez un bien en meublé, vous êtes concerné par l’obligation de réception des factures électroniques qui entre en vigueur le 1er septembre 2026 — quand bien même votre activité serait exonérée de TVA et que vous n’émettriez aucune facture. L’obligation tient à la seule détention d’un numéro SIREN.

Le paradoxe mérite d’être énoncé d’emblée : compte tenu des exclusions — taxe foncière, cotisation foncière des entreprises, primes d’assurance, appels de fonds du syndic —, un bailleur en meublé d’habitation classique ne recevra par cette voie que quelques factures par an, parfois une seule. Ce volume résiduel n’emporte pourtant aucune dispense. L’inobservation est sanctionnée en elle-même, indépendamment du nombre de factures en cause, par une amende périodique qui se renouvelle par trimestre tant que le bailleur n’a pas désigné de plateforme.

1. En quoi consiste la réforme

Trois évolutions se combinent, qu’il est utile de distinguer.

Le format. La facture cesse d’être un document de forme libre — papier, fichier bureautique ou PDF — pour devenir un fichier structuré, dans lequel chaque information occupe un emplacement identifié : montant hors taxes, taux de TVA, numéro SIREN du destinataire. Elle devient ainsi exploitable sans intervention humaine.

Le canal. La facture ne circule plus directement de l’émetteur au destinataire. Elle transite obligatoirement par une plateforme agréée, c’est-à-dire un opérateur privé immatriculé à cet effet par l’administration, dont la liste officielle est publiée par la direction générale des finances publiques. Chaque entreprise désigne librement la sienne, l’ensemble des plateformes agréées étant tenu de communiquer entre elles.

La transmission à l’administration. Les données de facturation sont simultanément communiquées à l’administration fiscale, ce qui constitue la finalité première de la réforme.

Le circuit d’une facture de travaux adressée à une société civile immobilière sera donc le suivant : l’entreprise de travaux dépose sa facture sur sa propre plateforme ; celle-ci recherche dans l’annuaire national la plateforme désignée par la société civile immobilière et la lui transmet ; le bailleur en prend connaissance sur cette plateforme ou par l’intermédiaire de son outil de gestion.

2. Les bailleurs concernés

Tout bailleur titulaire d’un numéro SIREN entre dans le champ de l’obligation de réception, y compris lorsqu’elle est exonérée de TVA. Une société civile immobilière est ainsi concernée, quand bien même elle n’émettrait aucune facture.

Les loueurs en meublé, professionnels comme non professionnels, sont également visés — et le sont tous, sans exception. Ils sont en effet tenus de déclarer leur activité auprès du guichet unique de l’INPI dans les quinze jours de son commencement, formalité dont procède l’attribution du numéro SIREN. La détention de ce numéro emporte à elle seule assujettissement à l’obligation de réception.

Le bailleur donnant à bail un logement nu n’est pas tenu d’émettre de facture électronique au titre des loyers, cette activité étant exonérée de TVA. Il demeure néanmoins soumis à l’obligation de réception dès lors qu’il dispose d’un numéro SIREN.

Point d’attention. Les loueurs en meublé de courte durée relevant du régime micro-BIC et n’ayant pas accompli cette déclaration doivent régulariser leur situation sans délai. La démarche, gratuite, s’effectue auprès de l’INPI.

Précision utile. Le numéro SIREN, composé de neuf chiffres, identifie l’activité et est attribué une fois pour toutes. Le numéro SIRET, de quatorze chiffres, identifie un établissement déterminé : un même bailleur peut en détenir plusieurs s’il exploite plusieurs biens. C’est le SIREN, et lui seul, qui sert de référence au dispositif de facturation électronique.

Demeurent hors du champ certaines holdings patrimoniales purement passives ainsi que les associations non assujetties à la TVA. Le bénéfice de ces exclusions mérite d’être vérifié plutôt que présumé.

3. Deux obligations de nature différente : recevoir et émettre

La confusion entre ces deux obligations explique l’essentiel des incompréhensions actuelles. Elles n’ont ni le même objet, ni le même champ, ni le même calendrier.

L’obligation de réception consiste à être en état de recevoir les factures que l’on vous adresse. Elle n’implique aucune démarche répétée : elle est satisfaite, une fois pour toutes, par la désignation d’une plateforme et l’inscription à l’annuaire. Elle ne suppose ni logiciel de facturation, ni compétence technique particulière. Elle s’impose à tout bailleur titulaire d’un numéro SIREN, indépendamment de son régime de TVA et du fait qu’elle facture ou non.

L’obligation d’émission consiste à établir ses propres factures au format structuré et à les transmettre par une plateforme. Elle suppose, elle, un outil de facturation adapté. Elle ne pèse que sur les redevables assujettis à la TVA.

Obligation de réceptionObligation d’émission
Ce qu’elle exigeDésigner une plateforme et figurer à l’annuaireFacturer au format structuré via une plateforme
Qui est viséTout bailleur titulaire d’un SIRENLes seuls assujettis à la TVA
À quelle date1er septembre 20261er septembre 2026 pour les grandes entreprises et les ETI ; 1er septembre 2027 pour les PME, TPE et microentreprises

Application aux bailleurs. La quasi-totalité d’entre eux n’est tenue que de la première obligation, et celle-ci se ramène à une formalité préalable à accomplir avant le 1er septembre 2026.

L’obligation d’émission ne concernera, à compter du 1er septembre 2027, que les bailleurs assujettis à la TVA. Entrent notamment dans cette catégorie :

  • la location de locaux commerciaux ou professionnels équipés ;
  • la location de locaux nus assortie d’une option pour l’assujettissement à la TVA, hypothèse fréquente en matière de baux commerciaux, de bureaux et d’entrepôts ;
  • la location meublée assortie d’au moins trois prestations para-hôtelières — fourniture du linge, petit-déjeuner, ménage régulier, accueil de la clientèle — ainsi que l’investissement en résidence services.

Le cas des sociétés civiles immobilières obéit à la même règle : celle qui est assujettie à la TVA, notamment par l’effet d’une option, est tenue de l’obligation d’émission ; celle qui ne l’est pas ne supporte que l’obligation de réception.

L’obligation d’émission ne porte au surplus que sur les factures adressées à des professionnels, les opérations réalisées avec des particuliers y échappant au profit d’une transmission périodique des données d’encaissement à l’administration.

Le bailleur qui donne à bail un logement nu ou meublé d’habitation, exonéré de TVA, n’émettra donc jamais de facture électronique au titre de ses loyers. Il n’en demeure pas moins tenu de pouvoir en recevoir.

Il est enfin observé que la facture électronique comportera trente-quatre mentions obligatoires, dont quatre nouvelles. Les bailleurs soumis à l’obligation d’émission devront s’assurer que leur outil de facturation les restitue intégralement, une mention manquante étant susceptible d’entraîner le rejet de la facture par le destinataire.

4. Le périmètre exact des documents concernés

Toutes les dépenses supportées par un bailleur ne constituent pas des factures au sens de la réforme.

Relèvent du dispositif les factures émises par des fournisseurs professionnels : travaux, énergie, mobilier, honoraires comptables, honoraires d’agence et frais de gestion.

En sont exclus la taxe foncière, la cotisation foncière des entreprises, les primes d’assurance, les appels de fonds du syndic de copropriété et les acquisitions auprès de particuliers.

5. Une obligation au champ résiduel, mais dont l’enjeu demeure élevé

La combinaison des règles qui précèdent conduit à un constat qui mérite d’être énoncé clairement, tant il est source de perplexité chez les bailleurs.

Pour un loueur en meublé d’habitation classique, exonéré de TVA :

  • aucune obligation d’émission n’est encourue, ni en 2026 ni en 2027, les loyers ne donnant pas lieu à facturation électronique ;
  • l’obligation se réduit donc à la seule réception ;
  • or, parmi les dépenses reçues, se trouvent exclues la taxe foncière, la CFE, les primes d’assurance, les appels de fonds du syndic et les achats auprès de particuliers, c’est-à-dire une part substantielle des charges courantes ;
  • ne demeurent dans le champ que les factures de travaux, de fournitures, d’énergie lorsqu’elle est à la charge du bailleur, et les honoraires professionnels.

Il en résulte que l’obligation ne porte, en pratique, que sur quelques opérations par an — parfois une seule. La disproportion est réelle entre les diligences exigées — immatriculation le cas échéant, vérification de l’annuaire, souscription d’un contrat de plateforme assorti d’une durée d’engagement, d’une tarification récurrente et de conditions d’archivage — et le volume effectif des flux concernés. Elle est d’autant plus sensible qu’aucune solution publique gratuite n’a été maintenue, le portail public de facturation ayant été abandonné dans sa fonction d’échange en octobre 2024 (voir le point 8).

Cette réforme a été conçue pour des flux commerciaux réguliers ; le bailleur détenteur d’un ou deux biens en supporte les contraintes sans en retirer les bénéfices d’automatisation. Le constat est fondé, mais il ne modifie pas l’état du droit.

Cette disproportion n’emporte cependant aucune dispense, et trois observations conduisent au contraire à recommander une vigilance accrue.

Première observation, et c’est la principale. L’obligation ne se mesure pas au volume : elle s’attache à la qualité du bailleur, non au nombre de factures reçues. Son inobservation est sanctionnée en elle-même, sans considération du nombre d’opérations en cause. L’amende encourue au titre du défaut de désignation d’une plateforme présente au surplus un caractère périodique, se renouvelant par périodes de trois mois tant que la situation n’est pas régularisée (voir le point 9). Son montant cumulé excède rapidement le coût d’un abonnement, ce qui prive l’abstention de toute rationalité économique.

Deuxième observation. Les rares factures entrant dans le champ sont précisément celles qui portent les montants les plus élevés — travaux de rénovation, réfection de toiture, remise en état d’un bien. Une difficulté d’acheminement ne porterait donc pas sur des dépenses marginales, mais sur celles dont la justification est la plus déterminante pour le résultat de l’exercice.

Troisième observation. La faible fréquence des opérations entretient elle-même le risque. Une entreprise qui facture quotidiennement détectera immédiatement une anomalie d’acheminement ; un bailleur qui reçoit deux factures par an ne s’apercevra de rien avant l’établissement de sa déclaration, voire avant un contrôle.

Recommandation. Il convient de rechercher une solution proportionnée à ce volume : recours à une offre d’entrée de gamme, ou rattachement à la plateforme déjà retenue par l’expert-comptable, l’outil de gestion locative ou l’organisme de gestion. Les engagements de longue durée et les tarifications calibrées pour des flux commerciaux réguliers doivent être écartés, une attention particulière étant portée à la durée d’archivage garantie et aux conditions de sortie.

Cas particulier des bailleurs assujettis. Pour le loueur exerçant une activité para-hôtelière ou en résidence services, l’obligation d’émission de 2027 sera elle aussi d’application limitée, sa clientèle étant essentiellement composée de particuliers. La charge réelle se déplacera alors vers la transmission périodique des données d’encaissement à l’administration, obligation distincte et, en pratique, plus contraignante que la facturation elle-même.

6. L’inscription à l’annuaire, préalable indispensable

L’acheminement des factures repose sur un annuaire tenu par l’administration, qui associe à chaque numéro SIREN la plateforme de destination. L’absence d’inscription fait obstacle à la réception.

Cet annuaire demeurait très incomplet à l’été 2026, et les structures manquantes sont précisément celles qui nous occupent : sociétés civiles immobilières, microentreprises, professions libérales et loueurs en meublé, qui n’ont pas toujours été intégrés lors de sa constitution initiale.

Une vérification préalable s’impose donc, toute anomalie devant être signalée sans délai au service des impôts des entreprises.

7. La désignation d’une plateforme : liberté et vigilance contractuelle

La démarche est en elle-même simple : le bailleur doit être identifié, par son nom ou sa dénomination et son numéro SIREN, auprès d’une plateforme agréée avant le 1er septembre. Elle peut y procéder directement ou par l’intermédiaire de son expert-comptable, de son éditeur de logiciel de gestion locative ou de son organisme de gestion.

Le principe d’interopérabilité fait obstacle à toute imposition. Aucun fournisseur ne saurait exiger l’adhésion de son cocontractant à la plateforme qu’il a lui-même retenue.

Le changement de plateforme demeure possible : les formalités de transfert incombent au nouvel opérateur, l’opérateur d’origine disposant d’un bref délai pour s’y opposer par décision motivée.

Point d’attention particulier. L’adhésion à un service de facturation électronique peut résulter de l’acceptation d’une offre commerciale bancaire ou d’une simple modification de conditions contractuelles, sans que le souscripteur en ait nécessairement conscience. Une vigilance renforcée s’impose sur les propositions reçues au cours des prochaines semaines.

Il est enfin observé que les opérateurs agréés font actuellement face à un afflux de demandes, ce qui justifie d’engager la démarche sans attendre.

8. Le coût du dispositif

Il n’existe pas de solution publique gratuite. Le portail public de facturation, initialement conçu pour assurer gratuitement l’échange des factures, a été abandonné dans cette fonction en octobre 2024. Le recours à un opérateur privé agréé, payant, est donc en principe la voie de droit commun.

Les tarifications observées sur le marché demeurent hétérogènes et évolutives. Elles s’échelonnent, à titre purement indicatif, de quelques dizaines d’euros par an pour les offres les plus simples à plusieurs dizaines d’euros par mois, certains opérateurs y ajoutant une facturation à l’unité. Des offres gratuites ou à fonctionnalités limitées sont annoncées par plusieurs acteurs, sans que leur périmètre soit à ce jour stabilisé.

Recommandation. Compte tenu du faible volume de flux exposé au point 5, il est déconseillé de souscrire dans l’urgence un abonnement calibré pour une activité commerciale. Trois vérifications s’imposent avant tout engagement : la durée d’engagement et les conditions de résiliation, l’existence d’une facturation à l’unité s’ajoutant à l’abonnement, et la durée d’archivage garantie — celle-ci devant couvrir les délais de reprise de l’administration.

9. Le régime de sanctions

La loi de finances pour 2026 a durci le dispositif répressif. Trois manquements distincts sont sanctionnés.

ManquementSanction encourue
Défaut de désignation d’une plateforme agrééeMise en demeure de régulariser dans un délai de trois mois ; à son expiration, amende de 500 €, assortie d’une nouvelle mise en demeure ; puis amende de 1 000 € par période supplémentaire de trois mois, tant que la désignation n’est pas intervenue
Défaut d’émission d’une facture électronique50 € par facture non transmise, dans la limite de 15 000 € par an
Défaut de transmission des données d’encaissement500 € par manquement — contre 250 € auparavant —, dans la limite de 15 000 € par an

Application aux bailleurs. Les deux dernières sanctions ne concernent pas, en l’état, les bailleurs non assujettis à la TVA, les obligations d’émission et de transmission des données ne leur incombant pas.

En revanche, la première leur est pleinement applicable, et c’est celle qui doit retenir leur attention. Elle sanctionne la seule abstention : ne pas avoir désigné de plateforme suffit à l’encourir, sans qu’il soit besoin qu’une facture ait été perdue ou qu’un préjudice soit établi. Son caractère périodique en fait par ailleurs une charge cumulative, sans terme autre que la régularisation.

L’administration a néanmoins annoncé une période de tolérance au bénéfice des redevables rencontrant des difficultés au 1er septembre et ayant engagé leur mise en conformité. Cette tolérance ne bénéficiera pas à ceux qui n’auront entrepris aucune démarche.

Au-delà de la sanction pécuniaire, ainsi qu’il a été exposé au point 5, le bailleur qui ne serait pas destinataire des factures relatives à ses dépenses devrait en reconstituer la justification et s’exposerait à une contestation de leur déductibilité. Le bailleur assujetti s’exposerait en outre, faute de facture régulière, à une remise en cause de son droit à déduction de la TVA correspondante.

10. Diligences recommandées avant le 1er septembre

  • Vérifier la détention d’un numéro SIREN et, à défaut, procéder à l’immatriculation auprès de l’INPI.
  • Vérifier l’inscription à l’annuaire et régulariser auprès du service des impôts des entreprises le cas échéant.
  • Recenser les fournisseurs dont les factures entrent effectivement dans le champ du dispositif, afin de calibrer la solution retenue.
  • Désigner une plateforme agréée, directement ou par l’intermédiaire des conseils habituels du bailleur, en privilégiant une offre proportionnée au volume réel des flux.
  • Faire examiner le contrat avant signature : durée, tarification, archivage, réversibilité, conditions de sortie.
  • Informer les entreprises de travaux et fournisseurs concernés des nouvelles modalités de facturation.

Le cabinet se tient à la disposition des bailleurs, sociétés civiles immobilières et sociétés de gestion pour l’examen de leurs contrats et la sécurisation de leurs relations avec les entreprises de travaux.

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